Thématique

Le Ciel est parti

Le Ciel sur sa peau

Timothée Cueff

Sur sa peau, le ciel est parti. Des couleurs si douces ; les fragments d’une sévère symphonie. Un jaune pâle comme les premiers rayons du soleil. Du violet comme au lever de lune derrière les nuages. Un bleu clair, les jours de beaux temps et un bleu sombre, les nuits d’orage. Et le rouge, si fort, si douloureux : celui des cicatrices encore saignantes. Ardent comme l’astre couchant sur un tapis-océan.

Et désormais, la nuit. Le silence plombant de l’insomnie. Les pleurs sans sanglots qui réveillent la sécheresse de sa peau. Elle a mal, mais ce n’est plus son corps qui lui fait mal. C’est une douleur de dedans ; une douleur si grande qu’elle ne saurait remplir le néant.

Toute la musique, ce sont des mots. Et les paroles, des gémissements. Et le temps passe et l’arnica coule et les taches s’estompent.

Son corps, au fil des années, s’est habitué aux coups et aux blessures incontrôlées. Elle guérit plus vite, mais la souffrance s’incruste ailleurs. Ce n’est plus l’épiderme qui est touché, mais le fin fond de ses limbes entremêlés. Là-haut, protégées par un crâne solide – une coquille de calcaire remplie d’argile, les pensées et les sentiments deviennent eaux troubles. Une eau sur laquelle le ciel ne peut se poser. Il n’y a là ni rayons, ni pluie, ni éclairs. Rien que les tambourinements de la tempête, au-dehors, qui sévit si fort.

Et au lendemain des disputes, sur sa peau, le ciel naît.

D’ici quelques jours, il disparaîtra.

Et seuls demeureront les larmes internes et les souvenirs anxieux des soirs de pleine lune où l’atmosphère s’écrase au large de ses yeux.