tes bras autour

LAURENT BUSCAIL

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J’ai ouvert la bouche, mais rien ne sortait

et c'est à l'intérieur

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Tes bras

autour

de moi

Tes bras autour de moi, je m’assèche. Tes yeux sur moi, je disparais, un tas de chairs putréfiées. Et des lambeaux de toi me lèchent.

Tes bras autour de moi.

Tes rêves

autour

de moi

Arrache-moi les yeux que je puisse le regarder, serrer le monde en soi et s’y couler, serrer tes lèvres et basculer. Et de l’intérieur, faire un nouveau lieu. Tes rêves autour de moi, dans les bras du monde, dans les yeux du monde, tes rêves autour de moi.

et je me souviens

Et je me souviens des racines à nos pieds, et je me souviens de nos hurlements de loup, et je me souviens de nos ailes de papier, de notre souffle sur la crête des vagues, du feu qui de nos veines se déverse à tes genoux, de nos bras d’eau roulants et roulants en cascades.

Une poussière dans tes bras, une poussière à l’orée de tes yeux.

Et je me souviens du Monde Oiseau de feu.

J’ai ouvert la bouche, mais rien ne sortait, plus aucun mot, des papillons. C’était des papillons de rêves, des papillons de sons. Et ma bouche avait disparu, et mon visage avait disparu, ne restait plus qu’un œil immense, un œil recouvrant le monde, un œil se souvenant le monde dessiné sur les ailes d’un papillon. Et je sentais la pluie inondant le rêve, et je me souvenais comment y retourner, de la pluie, des ruisseaux, des torrents de sèves, du monde, suintants des étoiles décrochées, échouées entre tes bras. Et je sentais le vide du monde vibrer en nous, et se remplir jusqu’aux égouts, jusqu’à ne plus croire en rien, rien qu’à la foi en toutes et tous, quelque chose comme les siens.

et je retournais ma peau

Et je retournais ma peau pour faire du monde : mes nerfs, mes veines, mes intestins que je laissais se répandre en vagues, en ondes, et je laissais les loups, les freesias en faire festin, et je laissais les rats me dévorer le foie, les mouches se bâfrer de mes excréments, les poissons laper mon sang, les racines s’enrouler autour de mes os, et je laissais le vent écraser mon dos, ma maison emportée par les flammes, la pluie ravalant mes larmes, et j’ai laissé la poussière recouvrir ma voix, l’encre repasser sous mes doigts.

Comme tes bras autour de moi

Comme tes bras autour de moi, ceux-là même quand tu n’es pas là, des bras rien qu’à soi, tournés vers l’intérieur, c’est bien mieux comme ça.

et c'est à l'intérieur

et c'est à l'intérieur

Et c’est à l’intérieur que j’ai besoin de toi.

Et c’est à l’intérieur que tout est plus grand.

Et c’est à l’intérieur que le monde rêve.

Et c’est à l’intérieur de tes bras que je m’assèche, que je disparais.

et c'est à l'intérieur de tes bras

Et j'aperçois

l’intérieur du soimonde qui nous inonde,

déjà,

plein de toi,

plein de moi.

l'intérieur

du soimonde

l'intérieur du soimonde

l'intérieur du soimonde

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